En bref
Déposer ses comptes et les rendre publics sont deux choses différentes, et la loi les a séparées en trois temps. Depuis les exercices clos au 31 décembre 2013, une micro-entreprise peut déposer ses comptes au greffe en demandant qu'ils ne soient pas rendus publics.1,2 Depuis les exercices clos au 31 décembre 2015, une petite entreprise peut déposer son bilan en gardant son compte de résultat confidentiel.3,4 Depuis les exercices clos à compter du 23 mai 2019, une moyenne entreprise peut ne publier qu'une présentation simplifiée de son bilan.5,6 Dans tous les cas, le dépôt existe, et les administrations, les autorités judiciaires et la Banque de France y ont accès ; c'est le public qui ne le voit plus.2
Cette étude mesure ce que ces options ont changé, année après année, pour qui lit les comptes diffusés. Sa population est la cohorte des sociétés commerciales qui ont déposé un exercice une année donnée, et sa question est simple : que déposent-elles l'année suivante, des comptes publics, des comptes tronqués, rien ? Et quand elles ne déposent plus rien de visible, est-ce parce qu'elles ont disparu, ou parce qu'elles ont choisi de ne plus montrer ? La réponse tient en une phrase : le recul des comptes publics est un choix, pas une hécatombe. Une précision de lecture s'impose d'abord : la base ne contient que ce que l'INPI diffuse, c'est-à-dire les comptes publics et les comptes au résultat confidentiel. L'INPI ne met à disposition que « les bilans ou comptes annuels non confidentiels déposés depuis le 1er janvier 2017 » :7 un dépôt sous confidentialité totale n'y laisse aucune trace, et ressemble, vu d'ici, à une absence de dépôt. L'étude ne voit que la forme partielle, et le dit à chaque fois que la totale peut peser.
Depuis que la loi le permet, un tiers se cache.
Figure 01 · Lecture au 05/09/2026
La confidentialité du compte de résultat est passée d'un dépôt sur huit à un sur trois en sept exercices
Part des sociétés commerciales déposantes ayant déclaré leur compte de résultat confidentiel, en % des dépôts de l'exercice
Source : Base Hexagone Leads (comptes annuels diffusés par l'INPI), 5,5 M de dépôts d'exercices clos de 2016 à 2024, sociétés commerciales · Méthode : Un dépôt par société et par année de clôture (la dernière clôture de l'année) ; « confidentiel » = déclaration de confidentialité du compte de résultat, avec ou sans rapport du commissaire aux comptes ; les dépôts sous confidentialité totale ne sont pas diffusés et n'entrent pas dans le dénominateur ; exercice 2024 lu à 92 % de son volume final · Lecture au 05/09/2026 Voir les données Masquer les données
| Exercice clos en | Compte de résultat confidentiel |
|---|---|
| 2016 | 12,4 |
| 2017 | 16,5 |
| 2018 | 20,3 |
| 2019 | 23,0 |
| 2020 | 24,3 |
| 2021 | 27,7 |
| 2022 | 31,6 |
| 2023 | 33,2 |
| 2024 | 32,7 |
| Exercice clos en | Déposantes | Compte de résultat public | Compte de résultat confidentiel |
|---|---|---|---|
| 2016 | 669 964 | 87,6 % | 12,4 % |
| 2017 | 717 365 | 83,5 % | 16,5 % |
| 2018 | 697 512 | 79,7 % | 20,3 % |
| 2019 | 698 301 | 77,0 % | 23,0 % |
| 2020 | 686 460 | 75,7 % | 24,3 % |
| 2021 | 679 827 | 72,3 % | 27,7 % |
| 2022 | 695 019 | 68,4 % | 31,6 % |
| 2023 | 703 057 | 66,8 % | 33,2 % |
| 2024 | 659 766 | 67,3 % | 32,7 % |
Sociétés commerciales du registre diffusible ayant déposé un exercice clos dans l'année. La publication simplifiée du bilan (moyennes entreprises) reste marginale : 0,1 % des dépôts 2024. L'exercice 2024, lu vingt mois après le 31 décembre, recevra encore des dépôts tardifs.
L'option ouverte aux petites entreprises a été prise dès la première année par une déposante sur huit, et la part n'a cessé de monter depuis : une sur cinq pour l'exercice 2018, une sur quatre pour 2020, presque une sur trois pour 2022, un tiers pour 2023 et 2024. Aucune année ne recule. Le relèvement des seuils de la petite entreprise, de 4 à 6 millions d'euros de bilan en 2019, puis de 6 à 7,5 millions en 2024,8 a élargi à chaque fois le nombre de sociétés éligibles, et la montée est régulière plutôt que par paliers : l'adoption progresse d'abord chez celles qui pouvaient déjà choisir.
Les exercices 2020 et 2021 se lisent avec leur contexte. Plus de 700 000 entreprises ont reçu un prêt garanti par l'État, dont près de neuf sur dix des très petites,9 et ce soutien a maintenu au registre et dans les dépôts des sociétés qui auraient pu en sortir. La série ne montre ni décrochage du dépôt ni accélération de la confidentialité sur ces deux années ; la pente est la même avant et après. Ce que le soutien public a pu retarder, c'est la disparition, qui se lit dans la section suivante.
Ce que deviennent les déposantes : le public recule, pas les entreprises.
Figure 02 · Lecture au 05/09/2026
Sur cent déposantes d'une année, cinquante-quatre redéposent des comptes publics l'année suivante, contre soixante-six en 2016
Devenir du dépôt suivant, en % des sociétés commerciales ayant déposé un exercice clos l'année indiquée
- Redépose en public
- Redépose sous confidentialité
- Dépose en retard
- Disparue dans les 18 mois
- Disparue depuis
- Immatriculée, sans dépôt visible
Source : Base Hexagone Leads (comptes annuels diffusés par l'INPI, registre Sirene et RNE), 4,84 M de clôtures 2016-2022 de sociétés commerciales · Méthode : Redépôt = un exercice clos dans les 18 mois suivant la clôture est déposé, classé selon sa déclaration de confidentialité ; « en retard » = un dépôt existe pour un exercice clos au-delà ; « disparue » = radiation ou cessation totale datée, dans les 18 mois ou après ; « immatriculée, sans dépôt visible » = aucune date de fin au registre et aucun dépôt ultérieur au 05/09/2026, ce qui comprend les dépôts sous confidentialité totale · Lecture au 05/09/2026 Voir les données Masquer les données
| Exercice clos en | Redépose en public | Redépose sous confidentialité | Dépose en retard | Disparue dans les 18 mois | Disparue depuis | Immatriculée, sans dépôt visible |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2016 | 65,7 | 11,5 | 8,6 | 2,0 | 5,5 | 6,8 |
| 2017 | 62,5 | 14,9 | 8,4 | 2,1 | 5,0 | 7,2 |
| 2018 | 61,7 | 17,4 | 7,2 | 1,9 | 4,4 | 7,4 |
| 2019 | 61,0 | 18,3 | 7,7 | 1,7 | 3,5 | 7,8 |
| 2020 | 58,6 | 20,6 | 6,6 | 1,9 | 3,2 | 9,1 |
| 2021 | 55,7 | 23,4 | 5,8 | 2,0 | 2,6 | 10,6 |
| 2022 | 54,1 | 25,8 | 4,0 | 2,0 | 1,6 | 12,6 |
Sur les 695 019 sociétés commerciales qui ont déposé un exercice clos en 2022, 54,1 % ont redéposé des comptes publics dans les dix-huit mois, 25,8 % des comptes au résultat confidentiel, 4,0 % ont déposé plus tard, 2,0 % ont été radiées ou ont cessé toute activité dans la fenêtre, 1,6 % depuis, et 12,6 % sont toujours immatriculées sans qu'aucun dépôt ne soit visible. En 2016, les mêmes colonnes donnaient 65,7 % de redépôt public et 11,5 % de redépôt confidentiel. Douze points de comptes publics ont disparu en six cohortes, et ils sont passés presque entièrement dans la colonne confidentielle, pas dans les colonnes de disparition : la part des sociétés qui meurent dans la fenêtre est la même, 2 %, sur toute la série, et la part des silencieuses, disparues ou non, tient entre 20 et 23 %.
Le mouvement se voit aussi société par société. Parmi les 475 043 déposantes 2022 dont le compte de résultat était public, 380 654 ont redéposé dans les dix-huit mois, et 17 464 d'entre elles, 4,6 %, l'ont rendu confidentiel à l'exercice suivant. Dans l'autre sens, sur 174 249 sociétés au résultat confidentiel qui ont redéposé, 12 454, 7,1 %, sont revenues au public. Le solde net, 5 000 sociétés par an, est petit ; c'est l'entrée en cohorte de sociétés qui choisissent la confidentialité dès leur premier dépôt, et la sortie de sociétés qui publiaient, qui font la pente de la figure.
Reste la dernière colonne, la seule qui grandit sans que l'on sache exactement de quoi elle est faite. Elle réunit des sociétés en sommeil, des sociétés en infraction, et des micro-entreprises qui déposent sous confidentialité totale, que la base ne peut pas distinguer les unes des autres. Sa hausse, de 6,8 % à 12,6 %, est en partie un effet de lecture : les cohortes récentes ont eu moins de temps pour être radiées, et une société disparue « depuis » dans la cohorte 2016 est encore « immatriculée » dans celle de 2022. Prises ensemble, les deux colonnes de silence sans redépôt sont stables, entre 11 % et 14 %. La section suivante donne la borne que la taille permet de poser.
Qui choisit : la taille décide du régime.
| Total de bilan 2022 | Déposantes | Redépose en public | Redépose sous confidentialité | En retard | Disparue | Immatriculée, sans dépôt visible |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Moins de 350 k€ (micro) | 234 717 | 59,0 % | 9,3 % | 4,3 % | 6,5 % | 20,9 % |
| 350 k€ à 6 M€ (petite) | 371 812 | 45,1 % | 40,1 % | 4,0 % | 1,9 % | 9,0 % |
| 6 M€ et plus | 70 302 | 83,7 % | 7,8 % | 2,8 % | 1,6 % | 3,7 % |
Seuils de bilan en vigueur pour l'exercice 2022 (micro-entreprise jusqu'à 350 000 euros, petite entreprise jusqu'à 6 millions),8 appliqués au seul critère du bilan. 18 001 déposantes sans total de bilan exploitable ne figurent pas dans le tableau. Les lignes ne somment pas à 100 : 0,1 % de publications simplifiées.
Les trois lignes racontent trois régimes. Au-dessus de six millions de bilan, où aucune option de confidentialité n'existe pour la plupart des sociétés, 83,7 % redéposent en public et 3,7 % restent immatriculées sans dépôt visible : c'est le plancher du non-dépôt réel, retard compris. Entre 350 000 euros et six millions, quatre déposantes sur dix ont pris l'option qui leur est ouverte, le compte de résultat confidentiel, et le redépôt public tombe à 45,1 %. Sous 350 000 euros, le redépôt confidentiel est rare, 9,3 %, mais ce n'est pas que les micro-entreprises publient davantage : elles disposent d'une option plus large, la confidentialité totale, qui ne laisse aucune trace dans les comptes diffusés, et leur colonne « immatriculée, sans dépôt visible » monte à 20,9 %, cinq fois plus que chez les grandes. Cet écart de dix-sept points, à disparition et retard comparables, est la mesure la plus honnête que l'on puisse donner du poids de la confidentialité totale dans le silence des petites : l'étude ne l'affirme pas comme un chiffre, elle le pose comme une borne.
La contrepartie de ces options est connue. Le dépôt lui-même reste obligatoire pour toute société commerciale, dans le mois qui suit l'approbation des comptes, deux mois par voie électronique,10,11 et ne pas déposer est une contravention de cinquième classe, 1 500 euros au plus,12,13 avec possibilité d'injonction sous astreinte.14 Déposer en demandant la confidentialité n'est pas une infraction : c'est l'usage d'un droit, et le registre garde le document.
Les secteurs qui publient, ceux qui se cachent.
Figure 03 · Lecture au 05/09/2026
L'énergie et la finance redéposent des comptes publics huit fois sur dix, le commerce et la santé quatre fois sur dix
Part des déposantes 2022 ayant redéposé des comptes entièrement publics dans les 18 mois, en %, par section d'activité
Source : Base Hexagone Leads (comptes annuels diffusés par l'INPI, registre Sirene), 695 019 sociétés commerciales ayant déposé un exercice clos en 2022 · Méthode : Section de la NAF rév. 2 (niveau A21) de l'activité principale au registre ; l'administration publique (21 sociétés) et 187 déposantes sans section sont hors de la figure ; industries extractives sur 941 sociétés, les autres sections sur 3 000 à 141 000 · Lecture au 05/09/2026 Voir les données Masquer les données
| Section d'activité | Redépôt public (%) |
|---|---|
| Énergie | 82,0 |
| Activités financières et d'assurance | 80,0 |
| Industries extractives | 70,5 |
| Activités immobilières | 61,8 |
| Services administratifs et de soutien | 58,3 |
| Activités spécialisées, scientifiques et techniques | 58,0 |
| Eau, déchets | 56,8 |
| Information, communication | 53,8 |
| Autres services | 53,0 |
| Arts, spectacles, loisirs | 51,5 |
| Enseignement | 50,3 |
| Transports, entreposage | 50,0 |
| Hébergement, restauration | 48,9 |
| Industrie manufacturière | 48,0 |
| Construction | 43,5 |
| Santé humaine, action sociale | 41,6 |
| Commerce, réparation | 41,2 |
| Agriculture, sylviculture, pêche | 40,6 |
| Section d'activité15 | Déposantes | Redépose en public | Redépose sous confidentialité | Immatriculée, sans dépôt visible |
|---|---|---|---|---|
| Énergie | 10 646 | 82,0 % | 7,0 % | 6,6 % |
| Activités financières et d'assurance | 95 748 | 80,0 % | 5,8 % | 7,7 % |
| Activités immobilières | 42 978 | 61,8 % | 13,5 % | 16,4 % |
| Activités spécialisées, scientifiques et techniques | 89 408 | 58,0 % | 20,5 % | 13,2 % |
| Information, communication | 25 028 | 53,8 % | 21,8 % | 14,7 % |
| Autres services | 12 495 | 53,0 % | 16,8 % | 20,5 % |
| Hébergement, restauration | 46 153 | 48,9 % | 27,0 % | 16,4 % |
| Industrie manufacturière | 47 469 | 48,0 % | 35,6 % | 10,0 % |
| Construction | 82 435 | 43,5 % | 33,4 % | 15,6 % |
| Santé humaine, action sociale | 13 837 | 41,6 % | 40,3 % | 12,0 % |
| Commerce, réparation | 141 208 | 41,2 % | 40,4 % | 11,2 % |
| Agriculture, sylviculture, pêche | 7 930 | 40,6 % | 38,2 % | 14,0 % |
Les douze sections de plus de 7 000 déposantes ; les six autres sont dans la figure. Le complément à 100 est fait des dépôts en retard et des disparitions.
Le classement des secteurs est celui de deux comportements qui ne se ressemblent pas. Le premier est la confidentialité choisie : le commerce, la santé, l'agriculture, l'industrie et la construction cachent leur compte de résultat trois à quatre fois sur dix. Ce sont des secteurs de petites et moyennes sociétés en concurrence locale, où la marge est l'information que l'on ne veut pas voir chez le voisin, et où la taille tombe le plus souvent dans la fenêtre de l'option. À l'autre bout, les activités financières, dont les holdings, et l'énergie publient huit fois sur dix : une société qui appartient à un groupe ne peut pas demander la confidentialité,2 et pour une holding le document qui compte est le bilan, pas le compte de résultat. Le second comportement est le silence : l'immobilier, les autres services, l'enseignement et l'hébergement-restauration ont les colonnes « sans dépôt visible » les plus hautes, de 16 à 20 %, là où les sociétés sont les plus petites et où la confidentialité totale et la mise en sommeil se rejoignent. Un secteur peut être discret des deux façons, l'hébergement-restauration l'est ; un autre d'aucune, l'énergie.
Méthodologie complète
Population : sociétés commerciales (personnes morales dont la catégorie juridique commence par 5 : SARL, SAS, SA, SNC et formes voisines ; SCI exclues) présentes dans le registre diffusible, ayant déposé au moins un exercice clos dans l'année de cohorte ; pour une société ayant plusieurs clôtures dans l'année, la dernière fait foi. Dépôt : toute inscription au catalogue des comptes annuels diffusés par l'INPI, quel que soit le type de bilan, une par société et par date de clôture ; sa déclaration de confidentialité est lue telle que l'INPI la transmet (public ; partiellement confidentiel, avec ou sans rapport du commissaire aux comptes ; publication simplifiée). Redépôt à N+1 : un exercice clos dans les 18 mois suivant la clôture est déposé à la date de lecture (05/09/2026), classé selon sa déclaration ; un exercice de 15 ou 18 mois consécutif à un changement de date de clôture compte comme un redépôt. En retard : aucun redépôt dans les 18 mois, mais un dépôt existe pour un exercice clos au-delà. Disparue : première date de radiation ou de cessation totale d'activité au registre, dans les 18 mois suivant la clôture ou après ; le placeholder 01/01/1900 est écarté. Immatriculée, sans dépôt visible : aucune date de fin et aucun dépôt ultérieur. Taille : total de bilan du dépôt de l'année de cohorte, seuils de 350 000 euros et 6 millions (critère de bilan des micro et petites entreprises en vigueur pour l'exercice 2022). Secteur : section A21 de la NAF rév. 2 de l'activité principale au registre. Transitions : parmi les redéposantes, déclaration du dépôt N croisée avec celle du dépôt N+1. Intervalles : Wilson à 95 %, sous ±0,15 point sur la cohorte, sous ±0,4 point sur les tranches de taille, sous ±1,2 point sur les sections du tableau et ±3 points sur les industries extractives ; ils ne sont pas dessinés. Limites : la base ne contient que les comptes que l'INPI diffuse, depuis 2017 ; un dépôt sous confidentialité totale (micro-entreprises, depuis les exercices clos au 31/12/2013) n'y apparaît pas et compte ici comme une absence de dépôt visible, dans une proportion que l'étude borne par la comparaison des tailles sans la mesurer ; le registre lu exclut les entités non diffusibles, donc tout effectif est une borne basse ; les sociétés en nom collectif dont tous les associés sont des personnes physiques ne sont pas tenues de déposer et figurent dans la cohorte dès lors qu'elles ont déposé ; les cohortes 2023 et 2024 sont incomplètes (dépôts tardifs) et n'entrent que dans la part de confidentialité, pas dans le devenir. Aucune société n'est nommée ; tous les calculs sont faits sur des agrégats.
Ce que ça change pour vous.
Pour qui cherche le chiffre d'affaires ou la marge d'une entreprise, l'absence du compte de résultat n'est plus une anomalie : c'est le régime d'une petite entreprise sur trois, et de quatre sur dix dans le commerce, la santé ou l'industrie. Le bilan, lui, reste public dans ce régime, et il suffit à lire la taille, l'endettement, la trésorerie et, souvent, le résultat net reporté au passif. Pour qui suit un portefeuille de clients ou de fournisseurs, une société qui passe du public au confidentiel n'envoie aucun signal de fragilité, elle exerce un droit ; une société qui ne dépose plus rien de visible mérite en revanche une lecture de sa taille avant tout jugement, parce que sous 350 000 euros de bilan le silence est le plus souvent un choix de confidentialité totale, et au-dessus de six millions presque toujours un retard ou un défaut réel. Pour qui étudie une population d'entreprises à partir de leurs comptes de résultat, la couverture publique s'érode d'un point ou deux par an et l'érosion est sectorielle : toute statistique de marge « sur les sociétés qui publient » sur-représente les holdings et l'énergie, et sous-représente le commerce et la construction. Pour trouver les comptes d'une entreprise donnée, voir Où trouver le chiffre d'affaires et les comptes d'une entreprise ? ; pour lire la santé d'une société qui ne montre que son bilan, Entreprise en difficulté : comment savoir ? ; pour l'existence légale plutôt que la publication, Combien de temps vit une entreprise française ?.
Posez la question vous-même
« Parmi mes clients et fournisseurs (liste de SIREN), lesquels ont déposé leur dernier exercice avec un compte de résultat confidentiel, et lesquels n'ont déposé aucun exercice clos depuis plus de 18 mois alors qu'ils sont toujours immatriculés ? Pour chacun, donne la date de la dernière clôture déposée, la déclaration de confidentialité, le total de bilan et, s'il est lisible, le résultat net. »
Questions fréquentes.
Quelle part des entreprises rendent leurs comptes confidentiels en France ?
Parmi les sociétés commerciales dont les comptes sont diffusés, 31,6 % des déposantes de l'exercice 2022 ont déclaré leur compte de résultat confidentiel, contre 12,4 % pour l'exercice 2016 ; la part atteint 33 % sur 2023 et 2024. S'y ajoutent les micro-entreprises en confidentialité totale, que les comptes diffusés ne montrent pas : l'INPI ne met à disposition que les comptes non confidentiels, et aucune source publique n'en donne le nombre.
Une entreprise qui ne publie pas ses comptes est-elle en infraction ?
Pas nécessairement. Déposer ses comptes est obligatoire ; les rendre publics ne l'est pas pour une micro-entreprise, qui peut demander la confidentialité totale, ni pour le compte de résultat d'une petite entreprise. Ce qui est sanctionné est l'absence de dépôt au greffe : contravention de cinquième classe et injonction possible sous astreinte.
Qui peut rendre ses comptes confidentiels ?
Depuis 2024, une micro-entreprise ne dépassant pas deux des trois seuils de 450 000 euros de bilan, 900 000 euros de chiffre d'affaires et dix salariés peut déclarer ses comptes non publics ; une petite entreprise, sous 7,5 millions de bilan, 15 millions de chiffre d'affaires et cinquante salariés, peut rendre son compte de résultat confidentiel ; une moyenne entreprise peut publier un bilan simplifié. Les sociétés appartenant à un groupe, les établissements de crédit, les assurances et les sociétés cotées en sont exclus.
Une entreprise qui ne dépose plus ses comptes a-t-elle fermé ?
Rarement dans l'année. Sur cent déposantes de l'exercice 2022, deux ont été radiées ou ont cessé toute activité dans les dix-huit mois, deux depuis, quatre ont déposé en retard et treize restent immatriculées sans dépôt visible. Sous 350 000 euros de bilan, cette dernière situation touche une déposante sur cinq et recouvre surtout la confidentialité totale et la mise en sommeil ; au-dessus de six millions, elle touche une sur vingt-sept.
Quels secteurs publient le moins leurs comptes ?
Le commerce, la santé, l'agriculture, l'industrie manufacturière et la construction, où trois à quatre déposantes sur dix cachent leur compte de résultat et où le redépôt public tombe sous 50 %. L'énergie et les activités financières, holdings comprises, redéposent en public huit fois sur dix : une société appartenant à un groupe ne peut pas demander la confidentialité.
Le bilan reste-t-il visible quand le compte de résultat est confidentiel ?
Oui. La confidentialité du compte de résultat des petites entreprises ne retire que ce document ; le bilan et l'annexe restent publics, et le résultat net y figure le plus souvent au passif. Seule la confidentialité totale des micro-entreprises retire l'ensemble des comptes de la diffusion.
La part des comptes confidentiels va-t-elle continuer de monter ?
La série ne recule sur aucun exercice depuis 2016, et le relèvement des seuils de 2024 rend éligibles des sociétés qui ne l'étaient pas. Sur la cohorte 2022, 4,6 % des sociétés au compte de résultat public l'ont rendu confidentiel l'année suivante, et 7,1 % de celles qui le cachaient sont revenues au public : la pente vient surtout des nouvelles entrantes, qui choisissent la confidentialité dès leur premier dépôt.
Sources
- Ordonnance n° 2014-86 du 30 janvier 2014 allégeant les obligations comptables des micro-entreprises et petites entreprises. Publiée le 01/02/2014. Consultée le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000028543329
- Code de commerce, article L. 232-25 : confidentialité des comptes annuels des micro-entreprises, du compte de résultat des petites entreprises et publication simplifiée des moyennes entreprises. En vigueur depuis le 24/05/2019. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038611013
- Loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques, article 213. Publiée le 07/08/2015. Consultée le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000030978561
- Décret n° 2016-296 du 11 mars 2016 relatif à la simplification de formalités en matière de droit commercial. Publié le 13/03/2016. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000032189429
- Décret n° 2019-1207 du 20 novembre 2019 relatif à la publicité des comptes annuels des moyennes entreprises. Publié le 22/11/2019. Consulté le 07/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000039407327
- Loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises, article 47. Publiée le 23/05/2019. Consultée le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000038496102
- Foire aux questions : quelles informations sont disponibles sur DATA INPI ?. Réponse mise à jour le 30/12/2022. Consultée le 05/09/2026. data.inpi.fr/faq
- Code de commerce, article D. 123-200 : seuils des micro-entreprises, petites et moyennes entreprises. En vigueur depuis le 01/03/2024. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049216681
- Analyse des prêts garantis par l'État à la fin 2021. Publiée le 03/03/2022. Consultée le 05/09/2026. www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2022/03/03/analyse-des-prets-garantis-par-l-etat-a-la-fin-2021
- Code de commerce, article L. 232-22 : dépôt des comptes annuels des sociétés à responsabilité limitée. En vigueur depuis le 01/01/2025. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000048535223
- Code de commerce, article L. 232-23 : dépôt des comptes annuels des sociétés par actions. En vigueur depuis le 03/05/2025. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000051559583
- Code de commerce, article R. 247-3 : sanction du défaut de dépôt des comptes. En vigueur depuis le 27/03/2007. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006265627
- Code pénal, article 131-13 : montant des amendes contraventionnelles. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006417259
- Code de commerce, article L. 123-5-1 : injonction de déposer sous astreinte. En vigueur depuis le 16/05/2001. Consulté le 05/09/2026. www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006219291
- Nomenclature d'activités française, NAF rév. 2 : niveau des sections A21. Consultée le 05/09/2026. www.insee.fr/fr/information/2120875
- Registre des entreprises et comptes annuels diffusés. Mise à jour hebdomadaire et quotidienne. Lus le 05/09/2026.